Longévité et biohacking

Les habitudes favorisant la longévité pour lesquelles les preuves sont les plus solides

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Il est facile d’acheter une étagère de compléments alimentaires. Les preuves scientifiques sont plus difficiles à trouver. La longévité est devenue un secteur d’activité où se côtoient poudres, analyses sanguines, protocoles de jeûne et composés expérimentaux, dont beaucoup font l’objet d’une promotion bien avant que les chercheurs ne sachent s’ils sont sûrs ou efficaces sur plusieurs décennies. Cette ambition est compréhensible : la plupart des gens préféreraient rester mobiles, autonomes et vifs d’esprit le plus longtemps possible. La science, cependant, s’intéresse bien moins à l’immortalité que ne le laisse entendre le marketing qui l’entoure.

Les chercheurs parlent généralement d'étendre durée de vie en bonne santé: les années vécues sans maladie grave, sans handicap ni déclin cognitif important. À cet égard, les recommandations les plus fiables restent étonnamment familières. Elles concernent la santé cardiovasculaire, le sommeil, l’alimentation, l’activité physique, la vaccination et les liens sociaux, plutôt qu’une panoplie coûteuse de médicaments.

Aucune d'entre elles ne permet de contrôler totalement le vieillissement. Ensemble, elles offrent à l'organisme de meilleures chances.

Prenez au sérieux votre tension artérielle, votre taux de cholestérol et votre glycémie

Certaines des mesures les plus efficaces pour prolonger la longévité font déjà partie des soins médicaux courants. L'hypertension artérielle, un taux de cholestérol élevé et une glycémie mal contrôlée peuvent endommager les vaisseaux sanguins et les organes pendant des années avant de se manifester par des symptômes évidents. Elles augmentent le risque de maladies cardiovasculaires, d'accidents vasculaires cérébraux, de problèmes rénaux et d'autres affections qui réduisent à la fois l'espérance de vie et l'autonomie.

Les bilans de santé réguliers gagnent en utilité avec l'âge, en particulier lorsque les antécédents familiaux, les complications liées à la grossesse, le tabagisme, le surpoids ou les résultats d'examens antérieurs laissent présager un risque accru. L'objectif n'est pas de collecter davantage de données médicales pour le simple plaisir de le faire, mais d'identifier suffisamment tôt les problèmes pouvant être traités afin que les changements de mode de vie ou les traitements médicamenteux puissent porter leurs fruits.

On considère parfois les traitements sur ordonnance comme un échec de la médecine naturelle. Cette distinction n'apporte rien. Un médicament bien toléré qui permet de contrôler l'hypertension ou de réduire le taux de cholestérol dangereux peut s'appuyer sur des données scientifiques bien plus solides qu'un complément alimentaire présenté comme une avancée révolutionnaire en matière d'anti-âge.

Le mode de vie reste un élément à prendre en compte. L'activité physique, l'alimentation, le sommeil et la gestion du poids ont une influence sur ces indicateurs, mais ils ne remplacent pas toujours un traitement médical. Certaines personnes continuent de présenter un risque accru même si elles adoptent de nombreuses bonnes habitudes.

Cessez de chercher une version sophistiquée du fait de ne pas fumer

Le tabagisme reste l'un des facteurs qui raccourcissent le plus clairement l'espérance de vie en bonne santé. Aucun complément alimentaire, aucun régime de jeûne ni aucun bain froid ne peut compenser une exposition prolongée au tabac.

Arrêter de fumer peut sembler moins motivant que d’adopter un nouveau programme de bien-être, car cela n’implique pas l’utilisation d’un produit spécifique. Les effets n’en sont pas moins considérables. Les bienfaits apparaissent dès l’arrêt du tabac et continuent de s’accumuler, même chez les personnes qui ont fumé pendant des années.

L'alcool mérite qu'on l'aborde avec le même détachement. L'idée reçue selon laquelle un verre de vin par jour aurait intrinsèquement des effets protecteurs est de plus en plus difficile à défendre. Les personnes qui boivent n'ont pas besoin de considérer chaque verre occasionnel comme une crise, mais l'alcool ne devrait pas être présenté comme un remède pour vivre plus longtemps.

Il est plus raisonnable de réduire la fréquence et la quantité de consommation que de chercher à déterminer quelle boisson est la plus saine. Les personnes qui ne consomment pas d'alcool n'ont aucune raison médicale de commencer.

Le sommeil, c'est de l'entretien, pas du temps perdu

Le sommeil est souvent le premier élément d'un mode de vie sain à être sacrifié au profit du travail, des obligations familiales, de l'activité physique ou de la vie sociale. C'est également l'un des éléments les moins faciles à remplacer.

Pendant le sommeil, l'organisme régule les hormones, renforce le système immunitaire, consolide la mémoire et assure la régénération cellulaire. Un manque de sommeil chronique affecte l'humeur, la concentration, l'appétit et la santé métabolique, tandis que les troubles du sommeil non traités peuvent entraîner des risques cardiovasculaires supplémentaires.

La version « tendance » de l'optimisation du sommeil peut parfois devenir inutilement technique. La plupart des gens n'ont pas besoin de surveiller chaque phase de sommeil ni d'acheter un système de récupération sophistiqué. Une heure de coucher régulière, une chambre sombre et confortable, une consommation modérée d'alcool et de caféine en fin de soirée, ainsi qu'un temps de repos suffisant au lit constituent une base bien plus raisonnable.

Les troubles du sommeil persistants malgré ces changements méritent une attention particulière. Des ronflements bruyants, des pauses respiratoires, des maux de tête matinaux ou une fatigue intense pendant la journée peuvent être le signe d’une apnée du sommeil plutôt que d’un manque de discipline. L’insomnie chronique peut également être traitée grâce à une prise en charge structurée.

Un capteur de sommeil peut mettre en évidence une tendance. Il ne permet toutefois pas d'en déterminer la cause.

Mangez plus de végétaux sans transformer votre alimentation en laboratoire

Un régime alimentaire axé sur la longévité ne nécessite pas de menu idéal. Les points communs sont une consommation réduite d'aliments transformés, davantage de légumes, de fruits, de légumineuses, de céréales complètes, de fruits à coque et de graines, ainsi qu'un équilibre raisonnable entre protéines et lipides.

Une alimentation « à base de végétaux » ne signifie pas nécessairement un régime strictement végétalien. Ce terme désigne un mode d'alimentation dans lequel les végétaux constituent l'essentiel du repas, plutôt que de servir de simple garniture accompagnant des glucides raffinés ou de la viande transformée.

La qualité de l'alimentation prime sur le fait de la rattacher à un régime à la mode. Un repas de type méditerranéen, composé principalement de légumes, de légumineuses, de poisson, d'huile d'olive et de céréales complètes, n'a pas grand-chose en commun avec un régime dominé par les sucreries végétaliennes, le pain blanc et les substituts ultra-transformés, même si, techniquement, ces deux régimes peuvent être considérés comme à base de plantes.

Les protéines prennent également de l'importance avec l'âge, car la perte musculaire peut avoir des répercussions sur la force, l'équilibre et la récupération. Les personnes âgées, celles qui s'entraînent régulièrement et toute personne en convalescence après une maladie peuvent avoir besoin d'un apport protéiné plus ciblé, plutôt que de se voir recommander de manière générale de réduire leur consommation.

Le meilleur mode de vie est celui qui favorise la santé sans pour autant compliquer la vie quotidienne sur le plan social ou psychologique.

La restriction calorique n'est pas une solution universelle

Le fait de manger un peu moins sans pour autant souffrir de malnutrition a donné lieu à des résultats prometteurs dans le domaine de la recherche sur le vieillissement. L'intérêt biologique porte principalement sur les mécanismes impliqués dans la réparation cellulaire, la résistance au stress et le métabolisme.

Les données issues d'études sur l'être humain sont moins complètes que ne le laisse entendre la certitude affichée par certains influenceurs spécialisés dans la longévité. Les études à long terme ne permettent pas encore de démontrer qu'une réduction spécifique de l'apport calorique prolonge de manière fiable la durée de vie d'un individu.

Pour une personne qui mange systématiquement au-delà de ses besoins énergétiques, réduire légèrement les portions et améliorer la qualité de son alimentation peut avoir un effet bénéfique sur son poids, sa tension artérielle et sa santé métabolique. Cela ne revient pas à recommander à tout le monde de se restreindre systématiquement.

Les personnes minces et très actives, les personnes âgées, les femmes enceintes et toute personne ayant des antécédents de troubles alimentaires peuvent subir des effets néfastes en cas de déficit calorique inutile. Une restriction alimentaire peut également entraîner une perte de masse musculaire lorsque l'apport en protéines et la pratique d'exercices de musculation sont insuffisants.

Une approche pratique consiste à manger jusqu’à ce que l’on se sente agréablement rassasié, à limiter les aliments qui incitent à trop manger et à ne pas considérer la faim comme la preuve que l’on suit un programme de longévité efficace.

La masse musculaire fait partie d'un programme de longévité

L'étude ci-jointe se concentre sur plusieurs habitudes fondamentales, mais tout débat actuel sur le vieillissement en bonne santé devrait accorder une place prépondérante à la force physique.

La marche favorise la santé cardiovasculaire et reste l'une des formes d'activité physique les plus accessibles. Elle devrait idéalement être associée à des exercices sollicitant les muscles. La force, l'équilibre et la capacité cardiovasculaire déterminent la capacité d'une personne à monter les escaliers, à porter ses courses, à se remettre d'une maladie et à conserver son autonomie à un âge avancé.

La musculation ne nécessite pas forcément de suivre un programme de culturisme. Les haltères, les appareils, les bandes de résistance et les exercices au poids du corps sont tous efficaces. L'effort doit être suffisamment intense et progressif pour que le corps s'adapte.

Les femmes ont tout particulièrement intérêt à préserver leur masse musculaire et leur masse osseuse pendant la quarantaine, période durant laquelle les changements hormonaux peuvent accélérer leur perte. Il est plus facile d’agir avant l’apparition des signes de fragilité que d’essayer de retrouver ses capacités après une chute ou une maladie prolongée.

Un programme hebdomadaire efficace peut rester simple : des marches régulières ou une autre activité d'aérobie, au moins deux séances de musculation et quelques exercices visant à améliorer l'équilibre et la mobilité.

La vaccination fait partie intégrante du vieillissement préventif

La vaccination est rarement mentionnée dans les articles « glamour » consacrés à la longévité, alors que la prévention des infections graves constitue un moyen évident de préserver sa santé.

Les vaccins réduisent le risque de contracter certaines maladies et peuvent diminuer le risque de complications graves. Les vaccins recommandés varient en fonction de l'âge, des antécédents médicaux, d'une éventuelle grossesse, de la profession, des voyages et des recommandations sanitaires locales.

Le débat ne porte pas sur le fait de “ renforcer ” le système immunitaire dans une optique vague de bien-être. Il s'agit plutôt de le préparer à reconnaître des menaces spécifiques.

Les adultes pensent souvent que les vaccinations s'arrêtent à l'enfance. Une consultation auprès d'un médecin ou d'un pharmacien permet de recenser les rappels ou les vaccins liés à l'âge qui n'ont pas été effectués.

Les liens sociaux constituent un comportement favorable à la santé

La solitude est parfois considérée comme un désagrément émotionnel plutôt que comme un risque pour la santé. C'est sous-estimer son ampleur.

L'isolement prolongé est associé à la dépression, au déclin cognitif et à une détérioration de l'état de santé. Il peut également avoir des répercussions sur le sommeil, le niveau d'activité physique, les habitudes alimentaires et la disposition à consulter un médecin.

Les liens sociaux ne nécessitent pas forcément un large cercle d'amis ni un agenda toujours rempli. Ce qui compte, c'est la qualité et la régularité des contacts. Un cours hebdomadaire, un repas en famille, un groupe de marche, une activité bénévole ou une conversation régulière peuvent apporter une structure et un sentiment d'appartenance.

Cet aspect de la longévité ne peut pas être confié à un appareil. Les contacts numériques peuvent certes aider à entretenir des relations, mais ils ne remplacent pas toujours les activités partagées, la présence physique ou le sentiment d'être connu des autres.

Le concept de “ joyspan ” a vu le jour parallèlement à celui de « healthspan » pour désigner les années durant lesquelles la vie reste source de plaisir, d’intérêt et de liens affectifs. Si le terme est nouveau, le besoin, lui, ne l’est pas.

Méfiez-vous des composés anti-âge dont l'efficacité chez l'homme n'a pas été suffisamment démontrée

De nombreuses substances dont on parle dans les milieux spécialisés dans la longévité ont montré des effets intéressants au niveau des cellules, des vers, des mouches ou des souris. Passer de ces résultats à une utilisation sûre et efficace chez des êtres humains en bonne santé représente un pas bien plus important.

Un composé peut agir sur une voie biologique sans pour autant prolonger la durée de vie humaine. Il peut également avoir des effets bénéfiques dans un domaine tout en causant des effets néfastes dans un autre. Il est nécessaire de bien comprendre la posologie, les interactions, les effets à long terme ainsi que les différences entre les personnes en bonne santé et les patients.

Les compléments alimentaires posent une autre difficulté. Leur qualité, leur pureté et leur dosage réel peuvent varier, tandis que la mention “ naturel ” ne garantit en rien leur innocuité. Ces produits peuvent interagir avec des médicaments, affecter le foie ou les reins, ou fausser les résultats des analyses sanguines.

Plus l'allégation est ambitieuse, plus les preuves doivent être solides. “ Favorise la vitalité cellulaire ” relève du langage marketing et ne constitue pas un résultat clinique mesurable.

Toute personne envisageant de prendre un composé expérimental doit en discuter avec un professionnel de santé qualifié qui connaît ses antécédents médicaux et son traitement médicamenteux. Cette recommandation est particulièrement importante lorsque le produit a une incidence sur la coagulation sanguine, la glycémie, la tension artérielle, les hormones ou le système immunitaire.

Mettez en place une routine que vous pourrez encore suivre dans dix ans

La culture de la longévité encourage souvent une intervention constante : davantage d'examens, davantage de suivi, davantage de compléments alimentaires et davantage d'optimisation. Une routine de santé durable est généralement plus discrète.

Cela peut inclure un bilan médical annuel, la prise régulière des médicaments prescrits, de la musculation deux fois par semaine, des promenades presque tous les jours, la préparation de repas à base de végétaux, un rythme de sommeil régulier et l'entretien de plusieurs relations qui apportent un véritable soutien.

Aucune de ces habitudes ne permet d'obtenir des photos « avant-après » spectaculaires. C'est par la répétition que leur intérêt se révèle progressivement.

On ne peut pas empêcher le vieillissement par des moyens techniques, et aucun examen de routine ne permet de garantir une durée de vie précise. L'objectif le plus réaliste consiste à retarder l'apparition des maladies évitables, à préserver ses capacités physiques et mentales et à rester actif plus longtemps.

Même le programme de longévité le plus efficace ne rendra probablement personne immortel. Il devrait toutefois permettre de rendre les années qui restent plus agréables à vivre.