Beauté et soins personnels

Pratiques de beauté durables

Photo d'Annie Spratt (@anniespratt) sur Unsplash

Les pratiques de beauté durables s’accompagnent souvent de promesses alléchantes : flacons rechargeables, formules naturelles, emballages compostables et étagères de salle de bains décorées dans des tons de vert rassurants. Pourtant, la routine la plus respectueuse de l’environnement est rarement celle qui consiste à remplacer tous les produits que vous possédez. C’est généralement celle qui vous aide à acheter moins, à finir ce que vous avez et à prendre de meilleures décisions lorsqu’un produit doit véritablement être remplacé.

Cette distinction est importante, car la durabilité dans le secteur de la beauté ne se résume pas simplement à préférer le verre au plastique ou les ingrédients d’origine végétale aux ingrédients synthétiques. L’emballage, la formulation, le transport, la consommation d’eau et le fait qu’un produit soit ou non entièrement utilisé influencent tous son impact environnemental. La question concrète n’est pas de savoir comment créer une salle de bains parfaitement zéro déchet, mais comment mettre en place une routine qui fonctionne bien, génère moins de déchets et ne transforme pas la durabilité en une raison supplémentaire de faire du shopping.

Commencez par ce que vous possédez déjà

Avant de commander des shampoings solides, des masques pour les yeux réutilisables ou une gamme complète de soins pour la peau en format rechargeable, faites le point sur ce que vous avez déjà dans votre salle de bains. Ce nettoyant à moitié utilisé, cette lotion pour le corps presque oubliée et cette collection de rouges à lèvres nude tous pareils représentent des matières premières, des processus de fabrication et des emballages qui ont déjà été consommés. Les jeter pour faire de la place à des produits visiblement plus durables n’efface pas cet impact.

La première mesure la plus utile consiste donc à faire une pause temporaire dans vos achats. Regroupez les produits par fonction, vérifiez les dates de péremption ou les symboles indiquant la durée d’utilisation après ouverture, et placez tout ce qui doit être utilisé rapidement au premier rang de l’étagère. Un panier contenant une crème pour le corps déjà ouverte, une crème pour les mains pouvant servir à hydrater les coudes secs et une huile pour le visage adaptée aux cuticules a plus de chances d’être utilisé qu’une armoire encombrée où tous les produits se disputent l’attention.

Il ne faut pas conserver les produits dont l'odeur, la couleur ou la texture ont changé, en particulier ceux destinés à être utilisés autour des yeux. Les crèmes solaires doivent également être utilisées conformément à la date de péremption et aux consignes de conservation indiquées. Le respect de l'environnement ne doit en aucun cas passer par l'utilisation d'un produit qui pourrait ne plus être sûr ou efficace.

Pour tout le reste, finir le produit est généralement un meilleur point de départ que de chercher à le rendre immédiatement plus écologique. Cela peut sembler moins spectaculaire qu’une rangée impeccable de flacons en aluminium, mais cela résout l’un des problèmes les plus évitables du secteur de la beauté : les produits achetés avec de bonnes intentions et abandonnés avant d’être vides.

Simplifiez la routine avant de changer d'emballage

Une routine simplifiée peut souvent s'avérer plus efficace qu'une routine compliquée présentée comme « durable ». Pour la plupart des gens, un nettoyant fiable, une crème hydratante et une crème solaire adaptée seront plus utiles qu'une collection renouvelée d'essences, de masques, de brumes et de sérums à usage unique. Le même principe s'applique aux soins capillaires et corporels. Un produit qui remplit plusieurs fonctions réalistes peut permettre de réduire à la fois les dépenses et les emballages, à condition qu’il soit véritablement adapté à la peau ou aux cheveux, plutôt que d’être utilisé à des fins pour lesquelles il n’a pas été conçu.

Cela ne signifie pas pour autant qu’il faille adopter une routine excessivement minimaliste. Certains produits ciblés peuvent s’avérer utiles lorsqu’ils répondent à un réel besoin et sont utilisés de manière régulière. L’important est de faire la distinction entre les étapes fonctionnelles et les produits achetés simplement parce que les réseaux sociaux les ont présentés comme indispensables.

Réfléchissez à la fréquence d'utilisation avant d'acheter. Une crème hydratante quotidienne que l'on termine et que l'on rachète peut justifier une recherche minutieuse sur l'emballage et l'origine des ingrédients. Une huile corporelle pailletée destinée à une seule soirée d'été a davantage de chances de rester inutilisée. Le coût environnemental d'un produit occasionnel ne réside pas seulement dans son emballage, mais aussi dans le fait que la majeure partie de son contenu finira probablement à la poubelle.

Une bonne règle consiste à introduire un seul nouveau produit à la fois et à attendre plusieurs semaines avant d'en ajouter un autre. Cela permet de mieux évaluer si la formule a un effet bénéfique, réduit le risque d'irritation et évite qu'une routine soi-disant « consciente » ne se transforme en une autre forme de surconsommation.

Méfiez-vous des discours écologiques vagues

Des termes tels que “ propre ”, « responsable », « respectueux de la planète » et « non toxique » peuvent sembler convaincants sans pour autant apporter d’explications quantifiables. Même le terme « naturel » ne constitue pas une garantie fiable de sécurité ou de durabilité. L'Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux (FDA) conseille aux consommateurs de ne pas partir du principe que les cosmétiques naturels ou bio sont intrinsèquement plus sûrs que les produits fabriqués à partir d'ingrédients provenant d'autres sources. Les ingrédients d'origine végétale peuvent irriter la peau, tandis que les ingrédients synthétiques ayant fait l'objet de tests approfondis peuvent s'avérer stables, efficaces et économiques à produire.

Les ingrédients naturels ne sont pas non plus neutres sur le plan environnemental. Ils nécessitent des terres, de l'eau et des processus de transformation, et leur impact peut varier en fonction de la manière dont ils sont cultivés et de leur lieu de culture. Une formule contenant des extraits végétaux n'est pas automatiquement préférable à une autre utilisant des ingrédients de synthèse soigneusement sélectionnés. Ce qui compte, c'est le produit dans son ensemble, et non l'image bucolique figurant sur son emballage.

Recherchez plutôt des informations précises. La marque indique-t-elle la composition du matériau d'emballage et la proportion de matériaux recyclés ? Les composants peuvent-ils être triés ? La recharge est-elle plus légère que le contenant d'origine ? L'entreprise précise-t-elle où le produit peut réellement être recyclé ? Les allégations environnementales se limitent-elles à une seule caractéristique, ou l'article dans son ensemble est-il présenté comme durable uniquement parce qu'il est emballé dans un carton ?

Une certification indépendante peut offrir un cadre utile, même si aucun logo ne couvre l'ensemble des questions éthiques et environnementales. Les labels COSMOS NATURAL et COSMOS ORGANIC, par exemple, certifient les produits selon des normes définies pour les cosmétiques naturels et biologiques. La certification Leaping Bunny porte spécifiquement sur les critères relatifs aux tests sur les animaux. Un logo « sans cruauté » ne doit pas être interprété comme la preuve que l’emballage, les ingrédients et la chaîne d’approvisionnement sont exemplaires sur le plan environnemental ; il s’agit là de questions distinctes.

Cette distinction prendra de plus en plus d'importance à mesure que les autorités de régulation s'attaqueront aux pratiques de marketing environnemental non fondées. La Commission européenne définit le « greenwashing » comme le fait de donner aux consommateurs une impression trompeuse quant à l'impact environnemental ou aux avantages d'un produit. Tant que les étiquettes des produits ne seront pas systématiquement plus claires, les consommateurs devront continuer à regarder au-delà de la face avant de la bouteille.

Optez pour des emballages que vous pouvez jeter près de chez vous

Dans la pratique, un emballage n'est recyclable que si le matériau est accepté et traité par le système de gestion des déchets de votre lieu de résidence. Les petits composants de produits de beauté, les matériaux mixtes, les miroirs, les aimants, les pompes et les récipients contenant des résidus de produit peuvent tous compliquer le recyclage. La présence d'un symbole de recyclage ne garantit pas à elle seule qu'un article sera transformé en un autre produit utilisable.

Vérifiez les règles locales de collecte plutôt que de vous fier uniquement aux recommandations générales d'une marque. Un flacon simple, fabriqué dans un matériau couramment recyclé, peut s'avérer plus pratique qu'un contenant sophistiqué associant verre, métal et plastique. Retirez les pompes ou les bouchons lorsque les consignes locales l'exigent, videz correctement le contenant et évitez d'utiliser trop d'eau pour rendre l'emballage impeccablement propre.

Le verre est souvent considéré comme le choix durable par excellence, mais il est plus lourd à transporter et sa fabrication nécessite une quantité d’énergie importante. Le plastique est plus léger et peut parfois réduire l’impact du transport, même si son origine liée aux combustibles fossiles, les problèmes liés à son élimination et le risque de fuites dans l’environnement restent des préoccupations majeures. L’aluminium peut présenter un intérêt lorsqu’il est récupéré et recyclé, mais son extraction et sa production initiale sont très gourmandes en énergie. Il n’existe pas de matériau universellement vertueux sous toutes ses formes.

Pour le consommateur, un emballage plus simple et plus léger est souvent un gage de qualité. Les boîtes superflues, les plateaux intérieurs, les manchons décoratifs et les pots surdimensionnés ne font qu'alourdir l'emballage sans améliorer la formule. Les produits concentrés permettent également de réduire le poids de l'emballage et du transport, surtout lorsqu'ils sont efficaces et qu'ils ne sont pas trop inhabituels au point de rester inutilisés.

Considérez le renouvellement des traitements comme un engagement

Les produits de beauté rechargeables permettent de réduire les emballages, mais uniquement si le contenant d'origine est conservé et rechargé à plusieurs reprises. Un étui lourd contenant une cartouche en plastique n'est pas automatiquement plus durable après une seule recharge, surtout lorsque la cartouche elle-même est composée de plusieurs matériaux ou pourrait servir d'emballage à part entière.

Avant de dépenser plus pour un rouge à lèvres, un parfum ou une crème hydratante rechargeable, posez-vous quatre questions. Est-ce un produit que vous finissez régulièrement ? La recharge est-elle facilement disponible, ou est-elle limitée à un seul magasin ou site web ? Est-ce vraiment plus léger et plus simple que d’acheter un nouveau flacon complet ? Est-ce moins cher, ou du moins à un prix raisonnable, pour que vous continuiez à utiliser ce système ?

Les recharges sont particulièrement judicieuses pour les produits de base incontournables : un savon pour les mains utilisé par toute la famille, un shampoing racheté tous les quelques mois, ou une teinte de rouge à lèvres préférée que l’on porte jusqu’à ce que le tube soit vide. Elles le sont moins pour les couleurs dictées par les tendances, les produits que vous n’avez jamais essayés ou les soins actifs qui pourraient ne pas vous convenir.

Les études sur le cycle de vie des emballages cosmétiques viennent étayer cette vision plus nuancée. La réutilisation peut réduire l’impact environnemental, mais le résultat dépend des matériaux utilisés, du processus de fabrication, du transport et du nombre de fois où l’emballage reste en circulation. Ce n’est pas le fait de pouvoir recharger le produit qui constitue une avancée, mais bien le fait de le recharger à plusieurs reprises.

Savoir quand les soins de beauté sans eau sont utiles

Les shampoings solides, les pains nettoyants, les masques en poudre et les formules concentrées permettent de réduire le poids des bagages et le volume des emballages, car ils ne contiennent que peu ou pas d'eau. Ils peuvent également s'avérer pratiques en voyage : un shampoing solide compact évite les restrictions relatives aux liquides, et un nettoyant en poudre risque moins de fuir dans une trousse de toilette.

La performance prime toutefois sur la nouveauté. Un shampoing solide qui laisse les cheveux gras, un nettoyant qui irrite la peau ou une poudre difficile à mélanger risquent fort d’être délaissés. Les produits sans eau sont plus durables lorsqu’ils remplacent efficacement un produit classique plutôt que de venir s’ajouter à la panoplie des produits de salle de bains.

Le mode de conservation joue également un rôle important. Il est préférable de laisser sécher les pains de savon entre deux utilisations plutôt que de les laisser se dissoudre dans un porte-savon humide. Les produits en poudre doivent être protégés contre toute infiltration d’eau dans leur récipient. L’absence de conservateurs ne signifie pas automatiquement que le produit est de meilleure qualité ; les cosmétiques à base d’eau nécessitent généralement une conservation adaptée pour limiter la prolifération microbienne, tandis qu’une contamination peut tout de même se produire lorsque des produits secs sont manipulés avec les doigts mouillés.

C'est l'un des domaines où il peut être plus judicieux d'opter pour un format d'essai bon marché ou un seul produit plutôt que d'acheter toute une gamme coordonnée. Testez ce format au cours d'une semaine ordinaire avant de décider s'il fera partie de votre routine.

Évitez les accessoires jetables lorsque leur réutilisation est envisageable

Certains des changements les plus simples ne nécessitent aucune technologie cosmétique sophistiquée. Des gants de toilette lavables peuvent remplacer de nombreuses lingettes nettoyantes jetables, tandis que des disques réutilisables en coton ou en bambou peuvent convenir pour l'utilisation d'une eau micellaire ou pour un démaquillage simple. Leur intérêt réside dans le fait de les laver et de les réutiliser fréquemment, et non pas simplement de les acheter.

Les gants de toilette ordinaires peuvent être aussi efficaces que les ensembles coûteux commercialisés spécifiquement pour la beauté durable. Ils doivent être lavés régulièrement, bien séchés et utilisés avec douceur sur les peaux sensibles. Les gants réutilisables ne conviennent pas à toutes les situations : les produits jetables peuvent rester préférables lorsque l'hygiène est primordiale, par exemple pour soigner une zone infectée sur recommandation médicale.

Les masques en tissu jetables, les patchs pour les yeux emballés individuellement et les sachets à usage unique constituent des cibles faciles pour réduire les déchets, car ils associent une durée d’utilisation courte à de multiples composants d’emballage. Une crème hydratante appliquée à partir d’un flacon ou d’un pot peut offrir l’avantage pratique que beaucoup de gens recherchent dans un masque en tissu, sans le tissu ni le sachet en aluminium.

Les paillettes biodégradables méritent d'être examinées avec la même attention. L'Union européenne a restreint l'utilisation des microparticules de polymères synthétiques ajoutées intentionnellement, y compris certaines paillettes en plastique en vrac, en prévoyant des périodes de transition différentes selon les catégories de produits. Les produits présentés comme biodégradables doivent fournir des preuves claires concernant le matériau utilisé et les conditions dans lesquelles il se décompose. Une allégation vague ne signifie pas que les paillettes peuvent être jetées dans les égouts sans conséquence.

Investissez dans la performance, pas dans l'écotéâtre

Il peut valoir la peine de payer plus cher pour un produit que l'on est sûr de finir, surtout lorsque la formule est efficace, que l'emballage est simple et que l'entreprise fournit des informations fiables sur l'origine des matières premières ou le processus de fabrication. Des prix plus élevés sont moins justifiables lorsque le caractère durable se traduit principalement par un contenant lourd, une pochette en tissu superflue ou plusieurs couches de carton aux couleurs ternes.

Privilégiez la qualité plutôt que la mode. Une crème solaire bien formulée que vous aimez appliquer a plus de valeur qu’une crème « éco-luxe » à la mode que vous utilisez à contrecœur. Un boîtier compact, durable et rechargeable peut valoir le coup pour quelqu’un qui utilise la même poudre depuis des années. Un rasoir de sécurité robuste peut convenir à une personne qui sait s'en servir et l'entretenir, mais ce n'est pas une amélioration indispensable pour tout le monde.

Faites des économies sur les accessoires et les petits achats superflus. Les disques démaquillants réutilisables ne doivent pas nécessairement provenir d’une marque de beauté haut de gamme. Un porte-savon avec un système de drainage est plus pratique qu’un système de rangement pour savon en barre coûteux. Il vaut mieux utiliser les flacons de voyage vides que vous avez déjà chez vous plutôt que d’acheter un autre ensemble assorti simplement parce qu’il est étiqueté « réutilisable ».

Méfiez-vous également des programmes de reprise. Ils peuvent offrir une solution pour les emballages que les systèmes de collecte en bordure de trottoir n’acceptent pas, mais vérifiez ce qu’il advient après la collecte, si tous les composants sont pris en compte et si le retour d’un produit presque vide nécessite un déplacement spécifique. Envoyer un petit emballage par la poste à l’autre bout du pays peut s’avérer moins pratique que de regrouper plusieurs articles ou d’utiliser un point de collecte situé sur votre trajet habituel.

Essayez une méthode de remplacement générant peu de déchets

Pour faciliter la transition, il est préférable de l'organiser en trois étapes plutôt que de procéder à un grand nettoyage radical de la salle de bains.

Commencez par utiliser les produits que vous avez déjà et identifiez ceux que vous rachèterez vraiment. Ce sont ces catégories pour lesquelles les améliorations apportées aux emballages auront la plus grande utilité pratique.

Deuxièmement, remplacez un produit fini par une alternative générant moins de déchets. Cela peut consister à choisir un flacon de lotion pour le corps de plus grande contenance, un shampoing concentré, un emballage plus simple composé d’un seul matériau ou une recharge pour un produit dont l’efficacité a déjà été prouvée.

Troisièmement, évaluez les résultats une fois le produit terminé. A-t-il donné satisfaction ? Était-il facile à stocker et à éliminer ? La recharge était-elle toujours disponible ? Le produit a-t-il été entièrement utilisé ? Si la réponse est non, revenez au format qui a fait ses preuves et cherchez un autre moyen de réduire l'impact environnemental.

Cette approche n'offre pas la satisfaction visuelle immédiate que procure un rangement entièrement repensé, mais elle a plus de chances de déboucher sur une routine durable au sens propre du terme : une routine qui peut être maintenue.

La pratique de beauté durable la plus crédible ne consiste pas à rechercher sans cesse le nouveau produit qui semble le plus « vert ». Il s’agit plutôt d’une routine articulée autour d’un nombre réduit de produits bien utilisés, de choix d’emballages réalistes et d’un scepticisme salutaire face aux allégations qui ne peuvent être étayées. Les recharges, les formules sans eau et les produits certifiés peuvent tous jouer un rôle utile, mais aucun ne compense le fait d’acheter plus que ce dont on a besoin. Finissez ce qui vous convient, remplacez-le de manière réfléchie et laissez la régularité, plutôt que la perfection, faire l'essentiel du travail.